Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Pistolets, revolvers, courte ou longue distance

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Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar Romanlleu » 03 Juil 2019 11:58

La mise en place de ce topic au titre quelque peu surprenant demande quelques développements afin de tenter d’établir que chacun des termes choisis y a sa place. Le risque est le découragement de certains devant ce qu’ils pourront appréhender comme une longueur de propos. Tant pis, je le prends.
Si je dois exposer la genèse de ce sujet, il me faut remonter bien loin, au temps de ma jeunesse et des « cinémas de quartier ». Je me souviens alors, les images technicolor étant encore présentes à mon esprit, de cet après-midi dans la salle obscure où je visionnais avec quelques copains un film qui mêlait mystère, exotisme et actions. Les premières scènes se passaient dans un port d’Asie. Précision à l’endroit des cinéphiles amateurs de ma génération, le film était un Fu Man Chu ou quelque chose d’approchant.
Lors d’une des premières scènes, alors que le héros venait d’arriver dans le pays et se trouvait sur les quais d’un port le long desquels s’alignaient des jonques chinoises, un forcené faisait soudain irruption. Brandissant une arme blanche, gesticulant et hurlant, comme possédé, l’homme se ruait vers le héros qui ne devait son salut qu’à la rapide réaction de l’officiel qui était venu l’accueillir et qui ouvrait immédiatement le feu sur l’attaquant. Ce qui dans cette scène frappait le spectateur et d’emblée donnait le ton, c’était le nombre d’impacts que ce furieux avait à l’évidence encaissés sans qu’il semblât en souffrir le moins du monde et que cela lui fût fatal. Il ne s’écroula qu’à deux pas du héros, l’arme blanche toujours haute. L’accompagnateur examina le corps du forcené, un asiatique qui portait la trace des multiples projectiles, se tourna vers le héros et dit « un juramentado ». La scène m’avait assez surpris pour qu’elle demeurât pour toujours, avec le mot « juramentado » dans un coin de ma mémoire.
Quelques années plus tard, ayant gagné un peu plus d’autonomie dans la cueillette de ma culture et ayant donc accès à d’autres sources que l'encyclopédie familiale bien muette au sujet des Juramentados, j’en appris davantage.
Les juramentados :
Le terme « juramentado » vient de l’espagnol. Il signifie littéralement « celui qui a prêté serment » et fait référence aux membres d’une secte musulmane pratiquant le djihad. Ce terme a été utilisé pour la première fois par Jose Malcampo, chef de l’armée espagnole, en 1876, lorsqu’il entra en vainqueur dans l’île de Jolo, archipel Sulu, aux Philippines, alors possession espagnole dans le Pacifique. Les Philippines ont d’ailleurs reçu ce nom en rappel de celui du roi d’Espagne.
Bien que le terme et la notoriété des Juramentados se manifestent à partir de la colonisation espagnole dans cette partie de l’Asie, ce type de pratique débute avec l’arrivée de l’islam dans l’archipel. Les Juramentados mènent ce qu’ils nomment « Parang Sabbil », ce qui signifie « la guerre dans la voie de Dieu ». il s’agit de prêter serment et de réaliser des missions suicides visant à éliminer officiels et représentants éminents de la puissance coloniale et gagner par là une accession au Paradis (en acquérant ainsi le désormais bien connu statut de martyr dans la voie du Djihad). Ce type d’action atteindra son paroxysme durant la colonisation espagnole.
Les cérémonies préparant l’individu à s’engager dans cette voie sacrificielle comportent les rites habituels d’ablution et de purification du corps : raser toute pilosité, se couper les ongles… Tout acte sexuel était proscrit durant la période de purification avant l’action. Une fois les rites de purification achevés, les Juramentados utilisaient des cordes afin de lier fortement certaines parties de leur corps. La raison se situe à deux niveaux : au niveau symbolique, il s’agit de l’expression physique du lien qui les lie à leur serment ; au niveau physique cette pression exercée par les liens en des points stratégiques du corps vise à empêcher, lors de la ruée, de perdre de trop grandes quantités de sang lors des premières blessures subies et donc de ne pouvoir mener à bien leur mission.
Ajoutons encore que des cordes lient fortement leur pénis afin de le maintenir en érection jusqu’au terme de l’attaque et, de l’avis de certains, il s’agirait d’établir ici par un acte de magie sympathique une tension vers la réalisation du but ultime, l’accomplissement de la mission et donc du serment (rien à voir avec un supposé côté plaisant de la magie, il s’agit d’un terme technique, les lecteurs versés en ésotérisme comprendront, les autres, direction Google…).
Après tout ce processus les Juramentados se parent d’un turban et d’une étoffe blanche, choisissent une arme blanche parmi celles, particulièrement tranchantes, qu’offre cette partie de l’Asie : le Barong, épée dont la lame est en forme de feuille, le Kriss, le fameux poignard à lame ondulée qu’on retrouve de la Thaïlande à Singapour ou à Brunei et qui est connu aux Philippines sous le nom de Kalis.
Les Juramentados se refusaient à la dissimulation lors de leurs attaques. Le faire aurait été, selon eux, choisir la voie de la couardise. Les attaques étaient toujours frontales et avaient lieu en plein jour (rien à voir, donc, avec les pratiques des Isaméliens du « Vieux de la montagne » quelques siècles auparavant au proche-Orient).
Pour donner une idée de leur extrémisme, de leur bravoure et/ou de leur fanatisme, disons ici qu’un certain Lieutenant Ellsey ne dut d’avoir la vie sauve que grâce à la dernière des douze balles qu’avait encaissées le Juramentado qui l’assaillait, laquelle lui sectionna la moelle épinière.
Victor Hurley décrit ainsi cet épisode dramatique dans son ouvrage Swish of the Kris (Le sifflement du kris). Traduction « à l’arrache… », désolé pour les puristes qui souhaiteraient vérifier le bon choix des mots :
«  Alors qu’ils étaient en train d’attacher ces prisonniers derrière la maison, un Maure, dans un champ tout proche, semait du riz avec un outil (un « carabao », sans doute un ustensile local). Ils l’entendirent hurler alors qu’il bondissait pour attaquer avec un barong (j’ai déjà évoqué cette épée à lame large). « Timbuck aco ! » criait-il, « Tuez-moi ! » Il venait à grandes enjambées, droit sur la patrouille qui l’attendait. Quatre soldats ouvrirent le feu sur le Maure qui avançait, pour secourir le Lieutenant Ellsey. Un jet de plomb brûlant se déversait dans son corps, mais le Maure ne faiblissait jamais. Il se rapprochait encore, plus lentement maintenant, mais toujours sur ses pieds. Le barong était tenu haut levé comme il se dirigeait vers le Lieutenant Ellsey. Ellsey tira sa dernière cartouche, et le Maure continua à avancer. A trois mètres de l’officier une balle Krag pénétra dans l’épine dorsale de l’amok (erreur de l’auteur, la possession de type « amok » est animiste et n’a rien à voir avec les états psychiques du type « juramentado »). Ses jambes l’abandonnèrent. Au moment où il tombait et juste avant de mourir, il lança violemment son barong. La patrouille dévêtit le cadavre et le retourna. Son corps présentait douze impacts de balles. Ellsey avait échappé à la décapitation de seulement trois mètres."
Oui mais, me direz-vous, quel est le lien avec le .45 ? Le voici.
Guerre de 1898 et entrée en scène de l’armée américaine
Pour faire court, à la fin du XIXème siècle, un bref mais important conflit a opposé l’Amérique émergente à la vieille Espagne déclinante. En 1898, en quelques mois, l’Amérique infligea une cuisante défaite à l’Espagne, sur terre et sur mer, dans les Caraïbes et dans le Pacifique. Au terme de ce conflit, connu en Espagne sous le nom de « Desastre del 98 » (inutile de traduire…), la vieille nation européenne perdit Cuba, Porto Rico, Guam et …les Philippines. Bons princes, les Américains se fendirent tout de même, histoire de faire passer la pilule, de 20 millions de dollars en sus. Prenant possession des Philippines les USA, nouvelle puissance colonisatrice, n’allaient pas manquer de se trouver confrontés, à leur tour, aux Juramentados.
Calibre et puissance d’arrêt
Lors des premières confrontations entre Américains et Juramentados, la question du pouvoir d’arrêt de l’arme employée se trouva rapidement posée (voir ci-dessus la mésaventure du lieutenant Ellsey).
Le fameux Automatic Pistol M 1911 calibre .45 fut développé par Browning afin d’éradiquer la menace des Juramentados. Il s’était révélé en effet, que le revolver règlementaire 6 coups M1892, en calibre .38 et sa munition de 148 grains ne détenaient pas un pouvoir d’arrêt suffisant pour annihiler la menace des Juramentados. Ainsi, de nombreux vétérans dans l’armée américaine en étaient revenus à utiliser le vieux revolver de dotation Colt Simple Action en calibre .45 qui, lui, dispensait un projectile de 255 grains. C’est à partir de ce type d’expériences et de la finalité de la recherche du pouvoir d’arrêt que Browning développa le calibre .45 avec sa balle 1911 230 grains. Cependant, au moment où la dotation en .45 devint effective, la menace des Juramentados, qui l’avait motivée, était éradiquée. Il n’en demeure pas moins que le calibre eut une belle destinée : il fut en effet employé dans d’autres contextes, les occasions ne manquèrent pas au cours du XXième siècle…
Bon, ça fait une longue histoire pour expliquer un choix balistique, mais j’avais envie de la raconter.
P.S. On trouve sur le Net, davantage développés, tous les éléments d’information que j’ai plus ou moins adroitement synthétisés ici, en anglais essentiellement.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar rtstcyr » 03 Juil 2019 12:07

Très intéressant.Je diffuse à mes amis.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar comint » 03 Juil 2019 12:22

c'est dans une situation comme celle-là qu'a été inventé le "Mozambique drill".

https://en.wikipedia.org/wiki/Mozambique_Drill
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar BARRET » 03 Juil 2019 13:02

Merci pour ce bel article....
Je ne suis pas du tout connaisseur du gibier à peau fine, mais plus habitué à celui à peau épaisse: le sanglier.
Mes amis et moi avons constaté à maintes reprises que contrairement à ce qui se dit souvent (voire ici) un gros cochon était bien mieux arrêté par une 44 magnum bien expansive et correctement vitaminée, qu'une balle de petit calibre à haute vitesse (en particulier la 300 WMag qui passe souvent à travers) .
Je ne parle pas de "tué" mais simplement arrêté ou assommé.(ce qui donne le temps d'aviser si besoin est)
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar Corto Maltese » 03 Juil 2019 13:41

C'est un article intéressant, j'ai appris quelque chose...
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar miaou72 » 03 Juil 2019 19:08

Cette histoire de guerriers philippins insensibles aux balles de 38 est relativement connue.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar BARRET » 03 Juil 2019 19:11

miaou72 a écrit:Cette histoire de guerriers philippins insensibles aux balles de 38 est relativement connue.

Oui, bien sûr, mais pas aussi en détails... :salut:
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar miaou72 » 03 Juil 2019 19:33

Ca ne m'empêchait pas de connaître l'origine du 45 ACP.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar Corto Maltese » 03 Juil 2019 19:51

J'avais bien le souvenir assez lointain d'un problème de puissance avec le 38, mais je situais l'épisode à Cuba plutôt qu'aux Philippines...et je ne me souvenais pas que le 45 ACP en résultait. Dans ma mémoire c'était assez flou, donc merci pour cette article qui rafraichit l'histoire.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar sigsolair » 03 Juil 2019 20:07

Merci Romanlleu pour ce passionant ajout à ma petite culture personnelle (cependant fort étendue et "un max" éclectique)! Je suis toujours intéressée par les états "limites" entre animal et humain et nous avons ici un bel exemple historique de ce que l'on arrive à obtenir d'un pauvre bougre sans éducation ni libre-arbitre mais, cependant, à la recherche de quelque gratification (et peu importe au bestiau que cela soit au péril de sa vie qui ne vaut guère plus que quelque pauvre monnaie).

Le scenario - un peu pessimiste quand même - perdure de nos jours et nous pouvons en avoir l'exemple chaque jour au triste spectacle de l'immense merdier africano-moyen-oriental. Rien n'a donc vraiment changé depuis la nuit des temps où le rameau humanoïde a expérimenté les bienfaits surprenants de la "diversitude", ce qui lui a permis, cependant, de remplacer (pas toujours) la lame - ondulée ou pas - par quelque clone d'AK-47 en plus ou moins bon état et à la puissance de feu augmentée par moultes amulettes et autres gris-gris.

Moralité: il est toujours bon et satisfaisant pour l'esprit de maîtriser l'utilisation d'un bon vieux 1911 dans le calibre qui va bien!

:mrgreen:
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar Kaboomdjé » 03 Juil 2019 21:22

J'ai souvenir d'avoir vu une photo médico-légale datant du Liban, le buste d'un forcené qui a encaissé 33 coups au but de 9mmx19 à balle ordinaire avant d'être hors de combat...Incroyable
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar manoloUOP » 03 Juil 2019 22:05

Merci pour ce post :bravo:
Il est très intéressant :wink:
«Les règlements sont faits pour les soldats et non pour les guerriers ; la bataille se rit du code, elle en exige un nouveau, innové par elle et pour elle et qui disparaît dès qu’elle est terminée.»
[ Napoléon Bonaparte ]
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar JACQUEMET » 03 Juil 2019 22:13

miaou72 a écrit:Cette histoire de guerriers philippins insensibles aux balles de 38 est relativement connue.


Exact.

Et il manque le corollaire de cette belle histoire : l'histoire de la naissance du revolver Modèle 1917 en calibre .45ACP.
On va vite savoir si l'auteur de la première connaît la suite.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar marcolelectro » 06 Juil 2019 13:01

La rebelion des Moros (ou Mojos ou Mohos) a été matée (en deux fois : de 1899 à 1901 puis de 1909 à 1913) par le général John "Black Jack" Pershing.
Pour calmer les Moros (musulmans) Il faisait enterrer les cadavres publiquement, dans une fosse commune en compagnie d'une carcasse de porc.
C'était disuasif.
Il était suivi par sa hiérarchie qui avait approuvé le procédé.
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Re: Juramentados, djihad et origines du M1911 .45

Messagepar Corto Maltese » 06 Juil 2019 13:09

marcolelectro a écrit:Il était suivi par sa hiérarchie qui avait approuvé le procédé.


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